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Les résidents de la Résidence d’accueil de Luppé et du foyer Saint-Louis ont voté !

Lundi 29 juin 2020

Vote et handicap : À Villepinte (Seine-Saint-Denis), une vingtaine de personnes en situation de handicap mental et psychique, accompagnées par deux établissements de Vivre et devenir, ont voté pour la première fois lors du second tour des élections municipales ce 28 juin. Retour sur ce geste citoyen, dans un contexte inédit.

 

Nawal, Jean-Philippe, Jonathan, Aurélie, Brigitte, Sékouba…. C’est un joyeux cortège qui s’est formé dimanche matin devant la Résidence accueil de Luppé, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), qui offre un logement pérenne aux personnes en situation de handicap psychique. Ses locataires attendaient les pensionnaires du Foyer Saint-Louis, situé à une dizaine de mètres plus haut dans la rue, et qui lui accompagne des personnes ayant un déficit intellectuel. Les deux groupes se sont rejoints pour prendre le chemin de la mairie toute proche. Là, ils allaient accomplir – la plupart pour la première fois – leur devoir de citoyen…

 

Mobilisation

Depuis mars 2019, les personnes en situation de handicap sous tutelle ont en effet le droit de voter. Dans ce nouveau cadre législatif, Vivre et devenir a initié au second semestre 2019 un travail avec le Cercle Vulnérabilités et Société, en collaboration avec d’autres associations du secteur médico-social, afin de concevoir une méthodologie pour leur donner confiance. D’autres initiatives – comme le groupe Citoyenneté et notre Histoire du Foyer Saint-Louis – ont aussi vu le jour afin de mettre en mouvement les personnes en situation de fragilité mentale à l’occasion des élections municipales 2020.

Établissements pilotes, le Foyer Saint-Louis et la Résidence accueil de Luppé ont ainsi participé à sensibiliser leurs résidents sur l’importance de s’inscrire sur les listes électorales. Au début de l’année, les deux établissements ont lancé ensemble des invitations aux principaux candidats à la mairie de Villepinte à venir échanger à tour de rôle avec les résidents, dans la salle commune de la résidence accueil de Luppé. Quatre candidats, dont la maire sortante réélue hier, ont accepté l’invitation. Lors de ces rencontres, ces derniers ont pu exprimer leurs attentes qui rejoignent les préoccupations de tous les autres citoyens : avoir une ville plus vivante, dotée de commerces, mais aussi plus propre, où on se sent en sécurité, et accessible aux personnes en situation de handicap. « Les résidents étaient dans la demande, très attentifs aux réponses des élus venus présenter leur programme, explique Amadou Niagaté, éducateur spécialisé à la Résidence accueil de Luppé. Et nous avons eu de la chance en choisissant d’inviter ces 4 candidats : 3 d’entre eux se sont retrouvés au second tour. »

 

Émotion

Si au premier tour la plupart des résidents ne se sont pas rendus aux urnes en raison de la crise du COVID-19, ils ont enfin pu, ce dimanche, glisser le fameux bulletin dans l’urne. Les conditions restaient spéciales en raison de la crise sanitaire toujours en cours. Mais même masqués, et accompagnés par leurs éducateurs, les résidents ont gardé leur enthousiasme pour élire le maire de leur commune, tout en respectant les gestes barrières et la distanciation sociale dans le bureau de vote. Certains étaient très émus :  après des mois de préparation, l’acte de voter leur offre une reconnaissance pleine et entière de leurs droits civils et politiques.  À la fin de la matinée, ils n’avaient de cesse de raconter cette sortie, pariant sur les candidats et attendant avec fébrilité les résultats…

 

« Cela fait 20 ans que je n’ai pas voté. Je n’en avais pas envie. Mais là, c’est important. Cela nous concerne. C’est peut-être aussi parce que j’ai rencontré les candidats. »

Brigitte, résidente à la Résidence d’accueil de Luppé

 

Nawal Kentra, résidente au foyer Saint-Louis

« J’étais impressionnée »

Nawal réside au Foyer Saint-Louis depuis son ouverture, en 2011. Volontaire, le regard franc et les yeux rieurs, la jeune femme de 30 ans a du caractère et sait ce qu’elle veut : « Après l’école, je voulais être indépendante. Ici, j’ai une chambre et beaucoup d’amis », explique-t-elle. Très populaire, Nawal danse, chante et a déjà participé à une comédie musicale dans le cadre des activités du foyer. « En septembre, je vais assister à l’émission N’oubliez pas les paroles », tient-elle à nous dire. Elle attend en effet cette sortie avec impatience car malade du Covid-19 au printemps, le confinement a été une rude épreuve. C’est aussi pourquoi aujourd’hui, se rendre au bureau de vote l’enchante : « Certains ne voulaient pas aller voter mais pour moi c’était important car j’aime bien la candidate, raconte-t-elle. J’ai hâte d’être ce soir ! » Lors de la rencontre avec « sa » candidate, Nawal a demandé qu’un passage piéton et un feux rouge soient installés devant le foyer. « Les voitures roulent vite, nous avons peur du dehors. » Et si la candidate n’est pas élue, ce n’est pas grave, ce sera la prochaine fois puisque désormais Nawal est inscrite sur les listes électorales.

« Aller voter m’a rendue bizarre, confie-t-elle. J’étais impressionnée. »  C’est qu’au protocole de l’élection, s’est ajouté cette année le protocole sanitaire qui a rendu l’événement particulièrement solennel.

 

Saer Al Tarabichi, résident à la Résidence de Luppé.

« C’était rapide et pas intimidant »

Saer est un grand gaillard de 31 ans, arrivé de Syrie en France en 2012. « J’ai d’abord séjourné au foyer Vaujours, un foyer familial pour les rapatriés, raconte-t-il dans un français impeccable. Dans mon pays, j’allais à l’école française. Mon père ayant épousé une française, il a obtenu la nationalité pour ses enfants et j’ai pu venir en France. » C’est en Syrie que Saer a appris qu’il avait une sclérose en plaques. Il savait qu’ici sa maladie pourrait être prise en charge. En 2014, il intègre la Résidence d’accueil de Luppé. À cette époque, il est encore valide. Mais ces derniers mois, la maladie a progressé et le jeune homme se déplace aujourd’hui en fauteuil roulant. Il n’en demeure pas moins très investi dans les élections municipales. « J’ai voté pour la personne qui a permis la construction de la Résidence d’accueil de Luppé, explique-t-il. C’est grâce à elle qu’on est ici. Elle a de nombreuses idées pour notre ville, comme ouvrir un centre médical, refaire les routes, enlever l’arbre qui bloque le passage… Lorsque je l’ai rencontrée, je lui ai dit ce dont on avait besoin dans la ville et j’espère qu’elle va gagner. » Ce matin, Saer a glissé son bulletin de vote dans l’urne. « C’était rapide et pas intimidant. Comme c’était la première fois, j’ai fait un vœu : me rétablir. »

Texte Géraldine Dao

Photos Christian Dao