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La Voix et la Plume : « L’engagement, c’est ce qui me pousse à me lever le matin ! » - Pascal Schwindowky
La responsabilité… La responsabilité, c’est un mot que j’aime bien ! Pourquoi ? Parce que je n’ai jamais eu peur de les prendre. J’ai toujours aimé plus ou moins ça. Mais, maintenant, dans ce monde, on dirait bien que les gens sont devenus plus consommateurs que responsables. Et puis, il y a l’engagement… Ce mot-là, il me parle, aussi. L’engagement, c’est ce qui me pousse à me lever le matin. Militer pour le bien des autres, ça ne me rend jamais feignant. Militer pour mon bien, aussi, je ne l’oublie pas, lui non plus. C’est important.
« C’est dans mon ADN de vouloir aider les autres »
Je suis né à Bayonne, dans les Pyrénées-Atlantiques. Puis, j’ai grandi à Boucau. Quand j’étais petit, je rêvais d’être toubib. C’était quelque chose que j’avais vraiment envie de faire, mais que je n’ai pas fait. C’est dans mon ADN de vouloir aider les autres. Ma mère, elle était comme ça, elle aussi. Ça fait partie des choses qu’elle m’a transmises. Je n’ai peut-être pas été toubib, mais dans le fond, j’essaie aujourd’hui d’aider les autres autrement. Comment ? Je m’intéresse à la politique depuis 39 ans.
Ça a commencé en 1989. J’habitais déjà à Soustons, dans les Landes. Soustons, ce qui est bien, c’est que c’est une ville à taille humaine. Il y fait bon vivre. Dans une ville de 8 857 habitants comme la nôtre, on peut plus facilement interpeller le maire et les conseillers municipaux. Si ça avait été à Marseille, Lyon ou Bordeaux, j’aurais eu plus de mal. À cette époque-là, la mairie voulait d’elle-même implanter un foyer de personnes handicapées en centre-ville. Le seul problème, c’était qu’il y avait aucun commerce accessible. Alors, j’ai commencé à me pencher sur cette question d’accessibilité, pour les personnes handicapées, mais pas que : pour toutes les personnes à mobilité réduite, comme les personnes âgées, les mamans à poussette ou les personnes qui sont momentanément en situation de handicap. Je me suis intéressé à l’accessibilité aux transports, aux espaces publics - comme les stades de foot, de rugby ou tout autre établissement recevant du public - à l’accessibilité aux bâtiments communaux, à la poste, aux banques, aux commerces… Et puis, je me suis concentré sur le suivi des aménagements en général, comme celui de la voirie, à travers l’aménagement de pistes cyclables, mais aussi aux aménagements sécurisés pour permettre aux personnes à mobilité réduite de pouvoir utiliser la chaussée en toute sécurité. Il m’a fallu faire plein de démarches auprès de certains ministères. Et, après 39 ans à travailler avec les différentes municipalités qui se sont succédé à Soustons, et qui ont accepté chaque année de consacrer du budget à cette question d’accessibilité, on a vu des transformations importantes se faire dans la ville. M’être occupé de toutes ces questions-là depuis aussi longtemps, ça me donne une expertise sur laquelle la mairie peut s’appuyer.
Aujourd’hui, continuer de participer à tout ça, ça me rend fier. Je suis actuellement en campagne municipal à Soustons, inscrit sur la liste de la maire sortante. La campagne a commencé depuis mi-décembre et moi, je contribue toujours à faciliter le plus possible la vie des personnes à mobilité réduite. Pourtant, je ne m’intéresse pas qu’au handicap. Je m’intéresse à tout.
« Je rêve d’une société où l’on soit plus solidaires les uns avec les autres »
Là où il y aurait vraiment des choses à faire, des choses qu’on aimerait voir changer mais sur lesquelles on n’a pas la main, ce serait au niveau de l’État. Je vais vous dire un scoop, je ne me présente pas aux élections présidentielles de 2027. Mais, il y a vraiment des choses qu’on aimerait voir s’améliorer. Certes, même si au niveau des transports, il y a des choses qui ont bougé, certaines administrations françaises restent trop peu accessibles. La loi Handicap a été voté en 2005, sachant qu’elle ciblait cinq formes de handicap principalement, mais l’État a encore des efforts à faire pour faciliter la vie des personnes en situation de handicap… C’est mon sentiment ! Quand on voit qu’il y a des gens qui n’arrivent toujours pas à accéder à certains services publics, comme les impôts, ça pose question.
Et puis, y a quelque chose qui a changé dans la société, plutôt négativement, on va dire. Depuis le Covid, je trouve que les gens sont devenus plus agressifs dans leurs propos et dans leurs attitudes. C’est comme si on avait perdu le sens du vivre ensemble, du vivre ensemble avec toutes les différences, avec les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, avec les gens normaux (s’il en reste, d’ailleurs, parce que parfois, je dois avouer que j’ai des doutes). Ça serait constructif de retravailler tout ça, parce que l’incivilité, c’est quelque chose qu’on voit poindre de plus en plus. Je suis pas né d’hier soir, je sais que les incivilités, elles existaient déjà avant, mais y a quelque chose qui est en train d’émerger en ce moment. Par exemple, on a aménagé des trottoirs accessibles et y a des gens qui se garent dessus. Y en a d’autres qui vous insultent aussi. C’est de la méchanceté gratuite, tout ça ! Heureusement, ça n’arrive pas tous les jours. Et puis, quant au fait que je me présente actuellement aux municipales, je sais qu’il y a des choses qui se disent sur moi, des choses plutôt méchantes, par rapport à mon handicap, mon investissement, tout ça… Qu’importe ! Ça fait partie du jeu et ça ne m’empêche pas de dormir. Je ne réponds pas à ça, parce que quand vous répondez, vous remettez une pièce dans la machine. Et cette machine, faut l’arrêter ! Alors je rêve d’une société où l’on soit plus solidaires les uns avec les autres. Mais ça, c’est un vieux rêve. Heureusement, on peut encore rêver. C’est gratuit, ça coûte rien, et ça nous fait du bien.
« Je n’ai pas un tempérament à me laisser abattre »
Moi, j’ai une vie douce. Pour l’instant, mon handicap ne me fait pas souffrir et ne m’empêche pas de poursuivre mes projets. Je ne le nomme pas particulièrement, ce handicap. Je sais ce que c’est, à quoi c’est dû, et je vis avec, c’est tout. Mais c’est vrai, il y a eu des moments compliqués, comme à ma naissance quand on a annoncé à mes parents qu’ils allaient avoir un enfant en situation de handicap. A l’époque, il n’y avait pas tout ce qu’il y a maintenant. Ça a fait exploser la vie familiale parce que ça a provoqué le divorce de mes parents. Ma mère, elle s’est mise à élever deux enfants, seule ; un en situation de handicap et un autre qui ne l’était pas. Ça n’a pas été simple pour elle, et pour moi non plus. Quand j’étais enfant, j’ai subi un certain nombre d’opérations chirurgicales dont certaines étaient très douloureuses. Mais j’ai eu la chance d’avoir une mère qui était très pédagogue. Elle avait expliqué à mon frère, avec qui j’ai de bonnes relations, qu’entre lui et moi, y avait une différence, et que pendant quelques temps, elle allait s’occuper plus de moi parce que j’étais fragile. A l’adolescence, elle lui a expliqué que y avait des choses que je n’allais pas pouvoir faire, mais qu’il y avait aussi des choses que je ferai et qu’il ne ferait pas, parce que c’est comme ça, la vie. Moi, je n’ai pas un tempérament à me laisser abattre. Je me dis qu’il y a des gens encore plus handicapés que je ne le suis, et que le principal, c’est d’essayer de se rendre la vie facile, à soi, comme aux autres. Alors, c’est pour ça que toutes ces questions d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite m’ont interpellé.
« Je me dis que je n’ai pas fait tout ça pour rien, et que ça a du sens »
Pour m’engager à ce niveau-là, j’ai créé l’Association Handiville. Cette association, elle travaille sur cette problématique des personnes à mobilité réduite, mais elle va aussi faire de la sensibilisation sur le handicap dans les collèges, les lycées et les espaces jeunes. C’est important, d’en parler, pour que ça fasse moins peur à la jeunesse, pour qu’elle comprenne ce qu’est le handicap, qu’on peut se retrouver dans cette situation à la naissance, mais aussi l’être à la suite d’un accident, comme un accident de voiture, de ski, à la suite d’un AVC… On fait ces interventions sous forme d’ateliers et de jeux. A la fin de chaque atelier, on prend un temps pour répondre à toutes les questions des jeunes, quelles qu’elles soient. Notre but n’est surtout pas d’être moralisateurs, simplement de les prévenir, parce qu’à 20 ans, on peut se sentir tout puissant, se dire que rien ne peut nous arriver, et que les choses graves, elles n’arrivent qu’aux autres. Mais, dans cette association, j’ai rencontré des personnes pour qui la vie a basculé en un instant, et qui pensaient elles aussi, que ça n’arrivait qu’aux autres. Alors, on leur dit à ces jeunes : « Faites attention aux mobylettes, c’est dangereux… ». On ne maîtrise pas ce que ces jeunes retiennent. Peut-être que y en a qu’en ont rien à faire. Mais si y en a déjà quatre sur quinze qui retiennent quelque chose de notre rencontre, je me dis que je n’ai pas fait tout ça pour rien, et que ça a du sens.
L’établissement de Soustons dans lequel je suis suivi a fusionné avec Vivre et devenir il y a environ deux ans. Madame la Présidente de Vivre et devenir a souhaité mettre en place la commission des personnes accompagnées, qui est élue pour trois ans, et que j’ai donc intégré. Cette commission a pour but de donner la parole aux résidents qui sont dans les structures de l’association. On se réunit deux fois par an en présentiel, et quelques fois en visio pour travailler ensemble sur la problématique choisie en début d’année. L’année dernière, on a choisi de traiter ensemble la problématique des vacances pour les personnes à mobilité réduite. Ça y est, on a clôturé cette problématique, qu’on a présenté au conseil d’administration de Vivre et devenir. Pour cette nouvelle année 2026, on a commencé à traiter la problématique de « la communication », un vaste sujet qui va nous occuper toute l’année. Chacun des participants va pouvoir donner sa définition de la communication, ce qui nous donnera des pistes pour savoir comment on va établir une meilleure communication à travers nos établissements mais aussi avec les dirigeants de Vivre et devenir.
Parce qu’au fond, mieux communiquer, c’est mieux vivre ensemble. Et quand on se parle vraiment, on comprend une chose essentielle : une personne en situation de handicap, c’est d’abord une personne. Avec une vie, des rêves et l’envie, simplement, de vivre comme tout le monde.