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La Voix et la Plume : « J’ai besoin d’être rassuré et entouré de personnes sympas » – Laurent Villard
Chaque mois, Alice Vève prête sa plume pour que les personnes accompagnées par Vivre et devenir puissent faire entendre leur voix et raconter leur trajectoire. Dans ce deuxième portrait, Laurent Villard, 63 ans, accompagné par le Service logement du Dispositif habitat Côté cours.
La gentillesse… La gentillesse, c’est un mot qui me ressemble ! Pourquoi ? Parce que je suis de nature gentil. J’aime bien rendre des services aux gens. Et parfois, je m’occupe tellement des autres que je m’en oublie moi-même. Alors, faut trouver un juste milieu avec la gentillesse. Et puis, y a le respect, aussi. Le respect, c’est très important pour moi.
« On a été les premiers locataires de Côté cours »
Je suis né et j’ai grandi au Havre. Pour moi, l’enfance, c’était dur. Maman était dépressive et j’en ai vu de toutes les couleurs. Avec mes deux frères, Philippe et Christophe, et mes parents, on a grandi tous les cinq, dans un appartement. En 1982, j’ai quitté notre logement pour aller faire mon service militaire à Metz, duquel je ne garde pas un bon souvenir. Un an plus tard, j’ai été libéré et je suis rentré chez nous. Puis, Maman est partie en 1997. Elle est décédée et on l’a enterré au cimetière. Et deux ans plus tard, c’était le tour de mon père. Avec mes frères, on a quand même voulu garder l’appartement familial. Ça nous a été accordé. Alors, on y a vécu plusieurs années ensemble. Mais fallait que je m’occupe d’eux, que je fasse leurs toilettes, et c’était éprouvant pour moi. Un jour, Christophe, mon plus jeune frère, a été victime d’une crise de nerfs. Il a été hospitalisé au Centre Pierre Janet, puis placé en famille d’accueil. On s’est retrouvés tous les deux avec Philippe. Mais, fallait encore que je m’occupe de lui. En août 2014, il a été placé lui aussi quelque part. Une semaine plus tard, on est venu me trouver pour me proposer d’intégrer le SAMSAH (service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés) de Côté cours. J’y suis resté 8 ans. L’Association Côté cours a été fondé par Monsieur Planquois. Monsieur Planquois c’était un homme très bien, formidable même. C’est lui qui nous avait proposé de garder le logement familial, au décès de notre père. C’était comme une sorte d’entre-deux ; on continuait d’être chez nous tout en étant suivis par l’association. A cette période, donc, on a été les premiers locataires de Côté cours, parce que l’association avait repris notre logement pour nous permettre d’y rester tout en étant accompagnés.
En 2014, quand j’ai intégré le SAMSAH, j’ai emménagé dans un nouveau logement. C’était un logement ordinaire. Mais grâce au SAMSAH, je pouvais bénéficier de quelques services d’accompagnement qui me facilitaient bien la vie. Moi, ça me rassure d’être entouré de professionnels sympas… parce qu’au fond, c’est ça dont j’ai besoin : d’être rassuré et entouré de personnes sympas. Le SAMSAH nous proposait aussi des activités à faire avec d’autres locataires, comme des promenades à la campagne. Quand je regarde en arrière, je me rends bien compte que je suis devenu plus débrouillard grâce à tout ça. Et puis, au SAMSAH, je me suis fait des amis, de très bons amis même. René-Louis, c’était un sacré bonhomme. Parfois, j’allais le chercher chez lui – parce qu’il n’aimait pas sortir tout seul – et on allait faire un tour au café. C’est comme ça qu’on s’est liés d’amitié. On se retrouvait même ensemble au GEM (Groupe d’entraide mutuelle). Mais un jour, il a été enterré dans la terre, et ça m’a fait un sacré choc.
« J’ai fait une rencontre qui a changé ma vie il y a cinq ans »
Aux GEM, y a aussi beaucoup de personnes sympas. Ça me fait toujours du bien d’y aller et de faire des activités avec d’autres. Moi, j’ai une passion : faire des bateaux en cartons. Au GEM de Vivre et devenir « Les pieds dans le plat », j’ai pu animer des ateliers pour apprendre aux autres à en faire. C’est long, ça prend cinq ou six heures étalées en plusieurs fois, mais j’aime bien faire ça.
Au GEM du Havre qui s’appelle « Stop galère » – un deuxième où j’aime me rendre – j’ai même fait une rencontre qui a changé ma vie il y a cinq ans : celle de Marie-Pierre. En la rencontrant, j’ai rencontré l’amour, le grand. Ça fait cinq ans qu’on est ensemble, qu’on se promène à la plage, qu’on se rassure mutuellement, parce qu’elle aussi, elle a besoin d’être rassurée parfois. Avec Marie-Pierre, on s’est bien trouvés. Sans elle, je serai perdu, je le reconnais. Elle m’a donné confiance en moi et me réveiller avec elle le matin, c’est ça qui me fait du bien. Quand on s’est rencontré, j’habitais toujours dans le même logement que celui qui m’avait été attribué en 2014. Le problème, c’est qu’il commençait à devenir un peu vétuste. Finalement, ce n’était pas un si gros problème que ça puisque ça m’a permis d’en chercher un autre et d’en trouver un, par miracle… un étage en dessous de celui de Marie-Pierre. On a chacun notre espace, notre liberté. Mais quand on veut se retrouver, il suffit de monter ou de descendre un étage pour être ensemble. Je suis le plus heureux du monde de m’être installé en dessous de chez elle depuis un an. Comme dans chaque couple, il nous arrive parfois de faire des mises au point. Un jour, elle s’est mise à pleurer en première et moi j’étais au bord des larmes. Mais bon, on s’aime et je ne pourrai pas rêver mieux que d’être avec elle.
Un de mes plus grands défauts, c’est que je ne suis pas franc. Je ne suis pas franc parce que j’ai peur de blesser les autres. C’est vrai que ça prend beaucoup de place dans ma vie, mon attention à l’autre. Par exemple, y a des choses que je ne supporte pas, comme le racisme et les guerres qui n’en finissent plus. Et puis, y a trop de gens qui vivent dehors. Ça, ça me rend malade aussi, parce que c’est comme si j’étais à leur place. Je pense qu’il faudrait qu’on soit plus tolérants les uns avec les autres. Et puis, j’aimerais qu’il y ait la paix dans le monde ; plus d’entraide et de bienveillance, ça ne ferait de mal à personne.
« J’ai des passions. J’ai des projets. Et j’ai des rêves »
A une époque, j’ai travaillé. J’ai travaillé trois ans sur les péniches en tant que menuisier de bord. On partait sur les bords de Seine jusqu’aux Yvelines. Je m’entendais bien avec mes collègues et ce travail ne me posait pas de problème. J’ai aussi travaillé trois ans dans la conciergerie et j’ai trouvé ça plus dur.
Côté cours nous a aussi proposé du travail. Avec eux, j’ai fait des déménagements. On s’occupait de vider les appartements par exemple. Y en avait qui refaisaient la peinture. Mais moi je n’ai jamais fait de la peinture. Un jour, Monsieur Planquois m’a aussi proposé de venir l’aider pour un projet. Il avait créé une maison de vacances pour les résidents, qui se situait dans la Nièvre, en Bourgogne. J’ai beaucoup aimé ce qu’on y a fait. A quatre reprises, j’ai travaillé là-bas. Sur place, la cohésion avec les professionnels était vraiment sympa. Y avait toute la maison qui était à refaire. Alors, je me suis occupé un peu de l’intérieur et un peu de l’extérieur, et notamment du désherbage. Je me suis senti fier de l’avoir fait et ça m’a plu, de donner un coup de main à ceux qui en avaient besoin. Monsieur Planquois, pour me remercier de mes services, il m’avait offert une semaine gratuite là-bas. J’en garde de très bons souvenirs.
Ça fait 31 ans que je suis en psychiatrie et je ne sais pas quoi dire sur mon handicap. En réalité, il n’y a rien à dire. Je vis comme tout le monde, dans un logement ordinaire en dessous de celui de ma petite-amie. J’ai des passions. J’ai des projets. Et j’ai des rêves. Pour l’avenir, par exemple, j’ai un tout nouveau projet : construire un sous-marin en carton. Et puis… continuer de bien m’occuper de ma petite-amie. Parce que c’est ça la vie, la belle vie… faire des choses et être avec des gens qu’on aime. Oh ça oui, c’est la belle vie !