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« La Voix et la Plume » : Ma biographie, le témoignage de la lueur au bout du tunnel
Si je devais penser à un mot qui m’inspire, je choisirai surement « la vie ». Pourquoi « la vie » ? Parce que je suis toujours là malgré les épreuves que j’ai endurées. Parce que j’ai choisi la vie, pleinement, et puis d’en profiter aussi. La liberté… La liberté, c’est aussi un mot qui me parle, parce qu’on est tous égaux en matière de liberté, du moins, dans sa quête.
Il y a eu des choses douces et des choses dures, ça c’est sûr !
Je suis né à Amboise, une petite commune de l’Indre-et-Loire, près de Tours. Enfant, je jouais au foot, je faisais du karaté et je rêvais d’être militaire. Moi, je suis le quatrième enfant de la fratrie. J’ai grandi avec cinq frères et sœurs, trois chiens et plusieurs chats, dans une grande maison à deux étages qu’on appelait « la maison du lavoir », à Reugny. Cet endroit a marqué mon enfance. Et cette enfance, il y a d’autres choses aussi qui l’ont marquée : les dimanches de pêche et les pique-niques près d’un étang, le regard doux de ma mère, les jeux qu’on inventait avec mes frères et sœurs qui me valaient toujours de belles cicatrices… C’est vrai, il y a eu des choses douces. Mais il y a eu des choses dures aussi, comme l’alcoolisme de mon père, la violence qui découlait de ses ivresses et les abus sexuels que j’ai subis d’un de ses amis. C’est avec tout ça que j’ai grandi : avec mes souvenirs heureux et puis mes blessures.
En 1989, ma mère a voulu que l’on passe nos grandes vacances avec sa famille à elle, sans mon père. Elle était fatiguée depuis quelques temps. J’étais sans cesse collé à elle, faut dire aussi que c’était la femme de ma vie et qu’elle l’est toujours. Mais pendant ces vacances, ma mère s’est rendue à l’hôpital car elle était très affaiblie. Elle est décédée là-bas. J’avais dix ans.
A la suite de son décès, toute la fratrie a été répartie, et moi, je suis allé vivre chez mon oncle et ma tante. En arrivant chez eux, je me suis senti comme un prince. Tout était propre, merveilleux ; je ne pouvais qu’être heureux. Je mangeais même du jambon. Pour moi qui avais été habitué à la soupe au pain, ce fut un luxe !
Pourtant, cette année-là, même si j’ai beaucoup mangé, je ne prenais pas de poids. Ça a inquiété mon oncle et ma tante, qui m’ont conduit à l’hôpital où j’ai passé des examens. Après y être resté trois jours, on m’a annoncé que j’étais atteint d’une maladie héréditaire rare nommée « l’ataxie de Friedreich ». Etrangement, à la découverte de ce que je m’apprêtais à vivre, ça ne m’a fait ni chaud ni froid. L’insouciance de l’enfance, peut-être ? Ou le décès de ma mère resté en fond, qui anesthésiait tout nouveau chagrin… Ma maladie s’est développée progressivement et son annonce a beaucoup touché ma famille. C’est en classe de CM2 que tout s’est accéléré : les tremblements, la fatigue intense, les pertes d’équilibre et tous les autres symptômes. Il me reste néanmoins de toutes ces années, des souvenirs heureux et chantants.
Souhait exaucé : je vis au soleil et en bord de mer depuis vingt-six ans
Franck Legras accompagné par Sylvain Mongrand, directeur de la Résidence Tarnos Océan
À mes quatorze ans, ma tante me trouva un institut médico-professionnel à Orléans. Cet institut permet aux personnes handicapées d’acquérir des connaissances afin d’apprendre un métier. À mes seize ans, j’ai obtenu un certificat de formation générale et j’ai commencé à me former à diverses compétences : la menuiserie, l’informatique, la mécanique… Même si la maladie dégradait de plus en plus mon état, rien ne m’arrêtait. Je pratiquais même des activités parasportives en parallèle. Cette maladie, d’ailleurs, mon frère et ma petite-sœur en furent eux aussi atteints.
Après mes études, les médecins m’ont demandé de faire un choix. Soit je travaillais, ce qui m’userait la santé plus rapidement. Soit je restais tranquille, ce qui prolongerait mon espérance de vie. J’ai fait le choix de la raison et c’est à cette période que j’entrepris mes recherches pour vivre au soleil. Tout ce que je voulais, c’était me rapprocher de la mer, fumer dans mon chez-moi et avoir une relation amoureuse. C’est ainsi qu’on m’a parlé d’un foyer de vie à Tarnos, dans les Landes ; un établissement au cœur d’un environnement arboré, tout près de l’océan… Ma candidature a été acceptée. Souhait exaucé : je vis au soleil et en bord de mer depuis vingt-six ans, et j’ai eu des relations amoureuses ! Ma vie a été remplie d’autres beaux moments et d’autres moments plus durs. Et c’est sans doute de là qu’est née, peu à peu, l’envie de mettre des mots sur tout ce que j’avais vécu.
Je me suis dit : « Pourquoi pas écrire ma biographie »
L’idée m’est venue en discutant avec ma tante, qui m’avait dit que ce serait bien que je parle de ma vie. Mais parler, pour moi, c’est difficile. Un jour, dans une émission que je regardais, il a été proposé à une jeune femme d’écrire une lettre à un de ses proches. L’idée m’a plu. Alors je me suis dit : « Pourquoi pas écrire ma biographie ? ». C’est ainsi qu’est née l’idée de raconter mon histoire, celle qui allait devenir « Trente ans sans mettre pied à terre ».
J’ai commencé à écrire seul, mais écrire n’était pas évident. D’abord parce que ça réanimait des souvenirs émouvants et difficiles et qu’il faut convoquer toutes ses forces pour s’y atteler. Ensuite, parce qu’entreprendre un tel projet nécessite un minimum de soutien. Et ce soutien, faut le trouver ! Mais finalement, écrire m’a soulagé. Cette biographie, c’est un moyen pour que les autres me comprennent. Un moyen de dire aux gens de garder espoir, et de prendre la vie telle qu’elle est, malgré les épreuves qu’elle invite sur notre passage. Je suis convaincu qu’il y a toujours une lueur au bout du tunnel. Alors oui, même si cette autobiographie est le témoignage de toutes les souffrances que j’ai dû vivre, elle parle aussi de cette lueur.
Mon but était aussi d’ouvrir la parole sur ce que l’on vit, parce que je suis loin d’être le seul à avoir vécu tout ça. En écrivant, j’avais mon petit rituel. Je mettais toujours de l’encens. Après m’être fait accompagner dans cette démarche par deux professionnels, j’ai fini mon autobiographie. Je l’ai donnée à relire à Monsieur Mongrand, chef de service de ma résidence, devenu ensuite directeur, et c’est grâce à lui que mon histoire ne repose pas dans un placard et qu’elle est aujourd’hui dévoilée. Bien sûr, c’est un peu angoissant d’exposer ainsi sa vie. Mais la considération qu’on me porte à présent vaut le détour.
Et puis, ce livre, il est là pour ouvrir les consciences autour de cette thématique de la différence. Parce que finalement, on est tous différents mais tous égaux. J’espère que mes lecteurs retiendront ce message.
Remerciements :
Je remercie l’ensemble du personnel qui m’a aidé dans ce projet de création de mon autobiographie, en particulier Morgane et David pour l’écriture, Chloé pour son soutien (mon agent de cœur) et Sylvain pour la publication et la communication.