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Former les équipes des Marizys à la pair-aidance : une perspective pour demain
Les professionnels des Résidences Les Marizys du Pôle Handicap Moteur et Polyhandicap (Nièvre, 58), ont engagé une formation à la pair-aidance afin de questionner leurs pratiques et d’anticiper l’évolution de l’accompagnement des résidents. Portée par Cyril Paupert, chef de service, et les équipes du service des appartements, cette initiative s’est tenue du 9 au 11 septembre 2025 sur site. Elle a réuni une dizaine de professionnels volontaires autour d’un objectif commun : comprendre ce qu’est la pair-aidance, en définir les contours et réfléchir à la façon de la situer dans le cadre des pratiques de l’établissement.
« On voulait partir de ce qui existe déjà chez nous, à savoir une forte volonté de rendre les résidents acteurs dans leur quotidien, et voir si cela relevait – ou non – de la pair-aidance », explique Cyril Paupert.
Clarifier la pair-aidance pour sortir des confusions

Aux Marizys, de nombreuses actions favorisent déjà la participation des résidents, notamment à travers des activités d’entretien ou de partage des tâches, accessibles quels que soient les handicaps. Ces pratiques ont amené les équipes à questionner la frontière entre entraide et pair-aidance.
La formation a ainsi permis de préciser ce qui caractérise la pair-aidance : elle s’appuie sur l’expérience vécue d’une personne ayant traversé et dépassé une situation de handicap ou de trouble, et sur sa capacité à en faire une ressource pour accompagner d’autres personnes confrontées aux mêmes défis.
« Le pair-aidant apporte un regard croisé à celui des professionnels de santé. Il sait ce que les personnes traversent parce qu’il l’a lui-même vécu. C’est donc une expertise de terrain, qui ne s’inspire pas du savoir théorique, toute aussi précieuse à avoir pour enrichir la qualité de nos accompagnements », explique Cyril Paupert.
Virginie Auger, monitrice éducatrice ayant assisté à la formation, ajoute : « La pair-aidance permet d’aller là où le professionnel n’a pas toujours accès : elle favorise ainsi un accompagnement plus authentique et complémentaire ».
Animée par un Nicolas Chottin, lui-même pair-aidant, la formation a reposé sur une approche concrète et incarnée, permettant aux professionnels de clarifier leurs pratiques et de mieux identifier ce qui relevait réellement de la pair-aidance.
Trois jours de formation pour poser les bases d’une réflexion collective

La formation s’est structurée en trois étapes complémentaires. La première journée a permis de découvrir le concept de pair-aidance dans sa globalité, à partir du récit du formateur. La deuxième journée a été consacrée à un travail de fond sur les principes, les limites et les conditions nécessaires à sa mise en œuvre. Enfin, la troisième journée a ouvert un espace de travail collectif sur les axes stratégiques propres aux Marizys.
« L’idée, ce n’était pas de plaquer un modèle, mais de se demander ensemble si la pair-aidance pouvait correspondre à notre public et, si oui, comment l’amener progressivement au sein de notre établissement », précise Cyril Paupert.
Les échanges ont tenu compte de la diversité des situations accompagnées : l’établissement soutient aujourd’hui plus de 80 adultes, répartis entre un foyer de vie, des appartements, le Pavillon des Soleils et un service d’accompagnement à domicile (SADS). Ce dispositif propose donc un parcours de vie allant du foyer vers des modalités plus inclusives en milieu ordinaire.
La formation a également permis aux professionnels de redéfinir leur perception du potentiel des personnes accompagnées. Stéphanie Vincent, agent de soins, témoigne : « Ces trois jours m’ont permis de comprendre l’importance du vécu et des outils favorisant l’autodétermination des résidents ». Quant à elle, Virginie Auger affirme : « Les résidents ne sont pas uniquement des bénéficiaires ; ils peuvent eux aussi devenir des personnes ressources, porteuses de compétences et de savoirs expérientiels. Cette formation nous l’a rappelé. Ainsi, la pair-aidance contribuera à renforcer leur autonomie, leur estime de soi et leur pouvoir d’agir ».
Anticiper l’évolution des publics et des accompagnements

Même si la pair-aidance n’est pas encore mise en œuvre de manière formalisée aux Marizys, la formation a permis d’ouvrir des perspectives d’évolution des pratiques. Le public actuellement accompagné, majoritairement en situation de handicap moteur avec parfois une déficience intellectuelle associée, ne correspond pas toujours aux critères classiques de la pair-aidance, souvent liés à une rémission du handicap ou du trouble.
« Aujourd’hui, il nous est plus facile de mettre en place de l’entraide et du partage d’expériences entre personnes accompagnées, comme nous le faisons depuis quelques temps. Cependant, face à l’évolution à venir de notre public, il est nécessaire de préparer ces changements », observe Cyril Paupert.
Cette anticipation s’inscrit dans les projets de transformation progressive des pavillons du Soleil en habitat inclusif, ainsi que dans la perspective d’accueillir davantage de personnes présentant des troubles psychiques. Une deuxième phase de formation est alors envisagée à partir de 2026, avant un travail de co-construction avec les résidents, prévu en 2027.
« La pair-aidance, ça ne se décrète pas. Ça demande du temps, de la réflexion et une réelle maturation autant pour les professionnels que pour les résidents », conclut Cyril Paupert.