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Les administrateurs et directeurs de Vivre et devenir mobilisés autour de la question des familles et des aidants
« Il nous semblait essentiel de consacrer cette journée à celles et ceux qui accompagnent au quotidien, souvent dans l’ombre », a souligné Marie-Sophie Desaulle, présidente de l’Association. Un enjeu à la fois humain, social et organisationnel, au cœur des pratiques portées par Vivre et devenir.
Roman Foy, responsable du développement de l’Association française des aidants, a apporté un éclairage sur la réalité des proches aidants en France. A travers une approche à la fois globale et chiffrée, il a rappelé la diversité des situations recouvertes par ce terme.
Il a notamment souligné que : « Il y a actuellement entre 9,3 et 11 millions de personnes proches aidantes en France, qui sont devenus malgré eux des acteurs du soin, soit près d’un Français sur cinq. 47% d’entre elles ne s’identifient néanmoins pas comme telles, considérant cet engagement comme un rôle naturel ou un devoir moral ».
S’il a rappelé les effets positifs que peut générer l’aidance – sentiment d’utilité, renforcement du lien affectif, sens donné à l’action -, Roman Foy a également insisté sur ses impacts possibles sur la santé physique et mentale, la vie sociale ou encore le parcours professionnel.
Cette première intervention a ainsi permis de mieux appréhender les enjeux humains et sociétaux liés à la proche-aidance, tout en mettant en lumière les ressources et actions portées par l’Association française des aidants pour accompagner les proches au quotidien.
Trois réponses concrètes pour soutenir les familles et les aidants

La première table ronde du séminaire était consacrée à une question centrale : comment mieux écouter et soutenir les familles et les aidants. Les échanges ont permis de présenter trois solutions concrètes de répit.
Le répit désigne l’ensemble des dispositifs permettant aux proches aidants de se ressourcer et d’être soutenus dans leur rôle. Aujourd’hui, les autorités de santé le reconnaissent comme nécessaire pour préserver l’équilibre des aidants et sécuriser l’accompagnement des personnes vulnérables.
La Fondation France Répit, représentée par Fleur Desrousseaux, responsable des services, a présenté ses actions en faveur des proches aidants. Reconnue d’utilité publique, la Fondation déploie notamment une équipe mobile pluridisciplinaire, intervenant gratuitement auprès des familles, ainsi qu’une maison de répit à Lyon, avec l’objectif d’en ouvrir une par région.
Le COEM (Centre d’Orientation et d’Education Motrice) Aintzina de Vivre et devenir a ensuite exposé son service de relayage à domicile, expérimenté depuis deux ans dans les Pyrénées-Atlantiques. Présenté par Céline Moutinho, éducatrice spécialisée, et Luma Hirigoyen Etchberry, ergothérapeute, ce dispositif permet à des professionnels du COEM déjà connus des enfants de prendre ponctuellement le relais au domicile familial. Il offre ainsi aux parents de véritables temps de respiration. « C’est un réel soulagement d’être reconnus en tant qu’aidants et d’être relayés en cas de besoin », témoigne Marion, mère et aidante d’un enfant accompagné par Aintzina, dans une vidéo diffusée pendant la journée.
La troisième solution mise en avant était le Coin des aidants de Vivre et devenir, présenté par Virginie Pando, coordinatrice, et Laura Degos, psychologue. Implanté à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), ce dispositif offre aux proches de personnes vulnérables un espace d’écoute, de soutien et d’accompagnement dans leurs démarches, afin de prévenir l’isolement et l’épuisement. « Le Coin des aidants a été pensé comme un lieu pour souffler, déposer ce qu’ils vivent et se recentrer sur leur propre santé », souligne Virginie Pando.
Constellation : Soutenir les parents grâce à la pair-aidance

La matinée s’est poursuivie avec l’intervention de l’Association Constellation, implantée à Nantes et dans son agglomération (Loire-Atlantique). Présentée par Naïma Charier, co-présidente, et Elodie Pillot, directrice, l’association se définit comme un réseau d’entraide pour les parents d’enfant en situation de handicap, fondé sur le principe de la pair-aidance.
Composée de mères d’enfant en situation de handicap, l’Association Constellation fonctionne sur une logique de soutien entre parents : « Tout est pensé par des parents pour des parents », résume Elodie Pillot. Chaque année, elle accompagne en moyenne 120 familles, en offrant un soutien gratuit, individuel et collectif, mêlant notamment écoute, aide dans les démarches et temps de répit.
Soutenir et impliquer les proches aidants à chaque étape

La deuxième table ronde s’est intéressée à la place des familles dans l’accompagnement de leur proche. Les échanges ont montré que, si les enjeux évoluent selon l’âge de la personne aidée – enfance, âge adulte, vieillissement des aidants – la famille demeure un acteur essentiel à chaque étape, qu’il convient également de soutenir.
Pour illustrer le rôle des familles durant l’enfance du proche aidé, Capucine, 10 ans, accueillie par la MECS Saint-Chrétienne, est venue témoigner avec sa mère, Melissandre, et son éducateur, Antoine Foin. Ce dernier a rappelé l’importance de maintenir le lien familial par les visites, sorties et échanges réguliers, formels ou informels, afin que les parents restent pleinement associés à l’accompagnement. « C’est rassurant de sentir que les professionnels nous consultent avant de prendre des décisions importantes. Je ne perds pas ma place et mon rôle de Maman », confirme Melissandre.
Pour les adultes accompagnés, la famille demeure un acteur clé. Marie Delaroque, directrice du Dispositif Habitat Côté cours, a rappelé que « le bien-être de la famille se répercute directement sur celui de la personne accompagnée » et qu’il est donc essentiel de soutenir les proches et de les considérer comme de véritables partenaires. Éric Médrinal, administrateur et parent aidant, a souligné la nécessité de rompre l’isolement, grâce aux échanges avec les professionnels mais aussi avec d’autres familles, notamment via des groupes de parole comme ceux proposés par l’UNAFAM. Ariane Bordat, personne accompagnée par le Dispositif Habitat Côté cours, a témoigné de son expérience personnelle : « Le cadre institutionnel protège à la fois la personne accompagnée et sa famille, et permet de créer un équilibre plus sain et plus serein ».
Mylène Chambon, directrice d’ÉmiCité, et Virginie Hoche, directrice du Centre ressources Multi-handicap, sont intervenues sur le thème des aidants vieillissants et de l’anticipation de l’avenir de leur enfant. Elles ont présenté l’étude “Polyhandicap et parents âgés” avec des solutions concrètes pour préparer la continuité du soutien. « L’objectif est d’aider les familles à se projeter sereinement et à mettre en place des solutions adaptées », ont-elles souligné.
Reconnaître et soutenir les collaborateurs aidants
La troisième table ronde était consacrée à l’accompagnement des collaborateurs qui sont eux-mêmes proches aidants.
Thierry Calvat, co-fondateur du Cercle Vulnérabilité et Société, a souligné la valeur de ces profils au sein des établissements médico-sociaux : « Les salariés aidants développent, dans leur vie personnelle, des compétences précieuses d’accompagnement. Ils constituent une précieuse ressource à valoriser ».
Christelle Fourier, responsable du Pôle Accompagnement social et prévention des entreprises chez Klesia, a présenté les dispositifs mis en place pour soutenir les salariés aidants. « L’enjeu est de les aider à se reconnaître comme aidants, grâce à des actions de sensibilisation et des temps d’échanges dédiés », explique-t-elle. Klesia propose également des outils concrets, comme la plateforme KIT’AIDE ou le service Ma Boussole Aidants, afin de faciliter l’accès aux ressources existantes et de mieux concilier vie professionnelle, rôle d’aidant et équilibre personnel.
Enfin, Julien Paynot, directeur général de Handéo, est revenu sur le Label Handéo, destiné à accompagner les entreprises dans la structuration d’une politique dédiée aux salariés aidants. « Le Label Handéo permet de passer d’une intention à des actions concrètes, en identifiant les besoins des salariés et en évaluant les pratiques existantes », a-t-il précisé. Une démarche qui s’inscrit pleinement dans une politique RSE et qui contribue à créer un environnement de travail plus inclusif.
Pour clore le séminaire, Patty Manent, directrice générale de Vivre et devenir, est revenue sur le sens de cette journée de réflexion collective : « Soutenir les aidants, qu’ils soient proches des personnes accompagnées ou collaborateurs, fait pleinement partie des missions de Vivre et devenir », a-t-elle rappelé, soulignant l’importance de penser ces enjeux de manière collective et transversale.