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Donner les moyens de se dire : Bell’Estello sensibilise les familles à la Communication Alternative Améliorée (CAA)
À Bell’Estello (Le Pradet, Var), une nouvelle dynamique se déploie autour de la Communication Alternative Améliorée (CAA). Depuis octobre, une série d’ateliers de sensibilisation réunit les familles autour d’un objectif commun : permettre à chaque jeune en défi de communication de mieux comprendre son environnement et de s’exprimer, autrement. Portés par Cécile Coutaud, orthophoniste, et animés conjointement par Lisa Delavier, éducatrice spécialisée et référente CAA, ces temps collectifs installent la Communication Alternative Améliorée comme un outil vivant, partagé et accessible à tous.
Comprendre la CAA pour mieux communiquer ensemble
La Communication Alternative Améliorée regroupe l’ensemble des outils, stratégies et supports – gestes, pictogrammes, signes, tablettes à synthèse vocale… – conçus pour soutenir ou compenser la communication orale. Elle s’adresse non seulement aux enfants comme aux adultes présentant des troubles moteurs, cognitifs, sensoriels ou de développement, mais aussi à leur entourage, afin que familles, proches et professionnels puissent devenir de véritables partenaires de communication au quotidien.
Pour Cécile Coutaud, la CAA s’inscrit dans une vision inclusive de la communication : « L’objectif est de permettre à chaque personne en défi de communication de comprendre son environnement et de s’exprimer le plus efficacement possible, en tenant aussi compte des dimensions non-verbales, comme les émotions et l’intonation ».
Orthophoniste depuis plus de quinze ans, Cécile Coutaud a constaté l’isolement des familles face à ces outils, ainsi que la difficulté à les ancrer dans la vie quotidienne. « On ne peut pas proposer un moyen de communication à un enfant dans un cadre institutionnel, sans que son entourage puisse s’en emparer à la maison », souligne-t-elle. C’est de cette observation qu’est née l’idée de ces ateliers, destinés à favoriser une appropriation collective et fonctionnelle de la CAA, adaptée à chaque jeune.
Des ateliers pensés pour le collectif et le concret

Cinq ateliers, avant chaque période de vacances scolaires, proposent aux familles volontaires une découverte progressive de la CAA. Les participants explorent l’introduction à la CAA, testent les outils papiers et numériques, apprennent les 50 premiers signes, chantent en français signé et expérimentent l’usage de la CAA dans les moments informels comme les vacances. Chaque session, de deux heures, mêle théorie, pratique et échange d’expériences, pour que chacun reparte avec des repères simples et directement transposables au quotidien.
Ces ateliers mobilisent également plusieurs professionnels de l’établissement. Aux côtés de Cécile Coutaud et de Lisa Delavier, des éducatrices viennent soutenir les familles lors de la manipulation concrète des outils. Ces temps constituent aussi une opportunité précieuse de rencontrer les familles dans un autre contexte, plus informel et collaboratif.
Le choix du format collectif permet aux familles de se retrouver, d’échanger et de ne plus se sentir seules face aux difficultés de communication de leur enfant. Le premier atelier s’est tenu le 9 octobre dernier, suivi d’un deuxième à la mi-décembre, réunissant à chaque fois plusieurs participants. Environ quinze familles se sont déjà mobilisées depuis le lancement de cette initiative.
Ces temps partagés créent donc un véritable espace de soutien mutuel. « Voir les progrès des autres enfants donne à chacun l’élan nécessaire pour persévérer », confie le parent d’un enfant suivi par l’établissement Bell’Estello.
Du côté des professionnels, ces temps collectifs sont également perçus comme un levier de coopération. Axelle Dubourg, monitrice éducatrice sur le plateau technique des 0-14 ans qui a assisté au premier atelier, souligne : « Le fait d’allier théorie et pratique permet de démystifier la CAA, souvent appréhendée comme complexe. Les échanges entre familles, autour de leurs difficultés mais aussi de leurs avancées, favorisent un climat de compréhension et d’optimisme ».
Elle ajoute que ces ateliers facilitent le travail d’équipe : « Être présents aux côtés des parents permet de mieux comprendre leurs besoins et leurs questionnements, et de renforcer le lien entre familles et professionnels ».
Des premiers effets visibles et une dynamique porteuse d’espoir

Si l’impact de la CAA ne peut se mesurer en chiffres, les premiers retours sont néanmoins encourageants.
Owen, 9 ans, fait partie des jeunes pour qui la communication représente un défi au quotidien. Sa famille témoigne : « Nous avons découvert de nouveaux outils, comme le PODD manuel – un classeur de communication composé de pictogrammes que nous adaptons aux besoins et au quotidien de notre fils. Nous testons en parallèle un dispositif numérique avec un logiciel de communication, qui permet de produire des messages grâce à une synthèse vocale ».
Cette adaptabilité est au cœur de la démarche : si les outils sont communs, leur usage est toujours adapté à chaque enfant. Pour Owen, l’expérience est positive : “En classe ULIS, son professeur et l’AESH observent déjà des évolutions favorables, notamment en matière de communication et de concentration. Son regard est plus focalisé et il porte davantage d’attention à ce qu’il fait ».
A terme, Vivre et devenir souhaite pérenniser et élargir cette démarche, en l’ouvrant à d’autres aidants et professionnels, tout en restant ancrée dans le terrain. Comme le rappelle Cécile Coutaud, « la CAA permet de vrais changements de comportements, parfois discrets, mais profondément transformateurs ». Une manière concrète de rappeler qu’à Bell’Estello, chaque jeune a le droit d’être entendu, quelle que soit la forme que prend sa voix.