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Vivre et devenir fait rayonner les compétences professionnelles et la parole des personnes accompagnées lors de la 6ème édition de la Journée Inspir’Actions
Le 16 octobre 2026, l’association Vivre et devenir a réuni à Paris une centaine de collaborateurs à l’occasion de la sixième édition de la Journée Inspir’Actions. Pensé comme un temps de partage et d’inspiration, ce rendez-vous annuel met en lumière des initiatives de terrain pour encourager les collaborateurs à s’en saisir et à développer, à leur tour, de nouvelles actions dans leurs établissements. L’appel à projets interne Inspir’Actions, ouvert jusqu’au 3 novembre, s’inscrit dans cette dynamique en invitant les professionnels à donner vie à leurs idées.
François Laly, vice-président de Vivre et devenir et président de la commission des pratiques innovantes, a donné le cap de cette sixième édition en soulignant la force du collectif : « C’est en croisant nos expériences et nos regards que nous pouvons faire évoluer nos pratiques et contribuer à une société dans laquelle chacun trouve pleinement sa place ».
Cette année, huit initiatives ont été présentées, portées par Vivre et devenir et aussi par d’autres associations, autour de deux thématiques : le développement des compétences professionnelles et la place de la parole des personnes accompagnées. Un grand témoin a également introduit la journée en posant une question centrale : comment faire essaimer les innovations sociales pour qu’elles bénéficient au plus grand nombre ?
Grand témoin : comment essaimer les innovations sociales
Philippe Chervin, secrétaire général de la FIRAH (Fondation Internationale de la Recherche Appliquée sur le Handicap), a ouvert la matinée en présentant la démarche de la fondation, qui poursuit deux objectifs complémentaires : produire des connaissances utiles au terrain et permettre leur diffusion pour faire évoluer les pratiques. Pour cela, la FIRAH associe chercheurs, professionnels du médico-social, personnes concernées par le handicap, ainsi que leurs proches, afin de croiser les expériences et les savoirs.
La FIRAH étudie donc des initiatives qui ont fait leurs preuves pour en tirer des enseignements utiles aux acteurs du handicap. « L’objectif n’est pas de reproduire une initiative à l’identique, mais d’identifier les facteurs de son efficacité pour faciliter son adaptation à d’autres structures », explique Philippe Chervin. En 2027, un guide pratique et des formations aideront les acteurs du handicap à s’approprier cette méthode.
Se former par la pratique : quatre initiatives pour se préparer au monde du travail
Animée par Servane de Villers, responsable du développement et de l’offre de service de Vivre et devenir, la première table ronde a présenté quatre projets où des jeunes accompagnés apprennent en faisant, dans un cadre proche du milieu ordinaire.
The Fringué : la friperie – salon de thé des jeunes de Bell’Estello
Présentée par Delphine Hutinet et Magali Blanc, éducatrices spécialisées du dispositif Bell’Estello, et Baptiste, un jeune accompagné par l’établissement, cette initiative repose sur une boutique ouverte à tous, au cœur d’Hyères (Var), qui associe friperie et salon de thé. Les jeunes participent à son fonctionnement, de l’accueil des clients à la vente des vêtements, en passant par la prise des commandes et le service.
Le projet mobilise également plusieurs ateliers de Bell’Estello : les vêtements donnés sont préparés par l’atelier buanderie, tandis que les pâtisseries sont confectionnées dans les cuisines professionnelles du dispositif. « Les jeunes découvrent ainsi différentes étapes de la chaîne de production et de vente, dans un environnement proche du milieu ordinaire », souligne Delphine Hutinet.
« Au contact des clients, ils développent leur autonomie, leur compétences relationnelles et leur posture professionnelle, tout en gagnant en confiance », ajoute Magali Blanc.
Une expérience qui peut aussi nourrir leur projet d’avenir : « J’aime faire le service. Ça me donne envie de travailler dans un restaurant », témoigne Baptiste.
Handiwork : quatre jeunes du Pôle Autisme Paris découvrent l’hôtellerie de luxe en binôme
Pendant un an, quatre jeunes de l’Institut Médico-Educatif (IME) du Pôle Autisme Paris ont passé une matinée par semaine au Domaine Reine Margot (Issy-les-Moulineaux, 92), aux côtés de professionnels volontaires. Cette immersion leur a permis de découvrir les métiers de l’hôtellerie, d’observer les gestes professionnels et de se familiariser avec les exigences du secteur, en apprenant directement auprès de personnes expérimentées. Au fil des rencontres, Armelle, l’une des jeunes accompagnées, s’est progressivement ouverte, selon le témoignage d’Arthur Telliez, directeur du Housekeeping chez MGallery Domaine Reine Margot.
Fort de cette première année, le projet sera reconduit avec d’autres jeunes et un nouveau partenaire, pour permettre au plus grand nombre d’explorer des métiers et de développer des compétences en situation réelle.
Au Dispositif du Perche, les jeunes transforment les pommes du verger en jus
Lors de la table ronde, Thomas Bresson, éducateur technique spécialisé, Léandre et Kilian, jeunes accompagnés par le dispositif, ont présenté ce projet collectif, né d’un surplus de pommes dans le verger de l’établissement en 2025. « De la récolte à l’étiquetage, les jeunes ont découvert toutes les étapes de fabrication d’un jus de pommes, avec l’appui de partenaires locaux », explique Thomas Bresson.
« Au total, 1,2 tonne de pommes a été récoltée et près de 600 bouteilles ont été produites puis vendues », raconte Léandre. En participant à ce projet concret, les jeunes ont développé leur savoir-faire, leur autonomie et leur capacité à travailler ensemble, tout en découvrant de nouvelles perspectives professionnelles.
« Cette année, le verger a produit moins de pommes. Mais le projet mené l’année dernière a fait parler de nous et nous a permis de nouer de nouveaux partenariats. Une dame nous a fait le don d’une tonne de ses pommes, cette année, pour nous permettre de renouveler l’expérience », témoigne Kilian.
Notre Café Marais : les jeunes de l’Association Autisme Île-de-France découvrent les métiers de la restauration
Installée dans une ancienne caserne de pompiers, ce café associatif permet à treize jeunes accompagnés par l’association Autisme Ile-de-France de découvrir les métiers de la restauration, à leur rythme. Présentée par Vincent Curzy, éducateur coordinateur, l’initiative leur donne l’occasion d’apprendre les gestes professionnels, mais aussi d’accueillir les clients et d’interagir avec le public. Ces échanges leur permettent de développer leurs compétences relationnelles et de gagner en confiance.
« Pour faciliter leur apprentissage, nous avons adapté le café à leurs besoins, à l’aide de repères visuels, d’une attention portée à la lumière et l’acoustique, et à des postes de travail clairement définis », explique Vincent Curzy.
Le pouvoir de la parole : quatre initiatives pour faire compter chaque voix
L’après-midi, Adeline Cousty, directrice qualité de Vivre et devenir, a animé une table ronde fondée sur une conviction simple mais essentielle : chaque personne doit pouvoir participer aux décisions qui les concernent.
La CAA à Bell’Estello : écouter et comprendre au-delà des mots
Cécile Coutaud, orthophoniste, et Lisa Delavier, référente CAA au Dispositif Bell’Estello, ont présenté la Communication Alternative et Améliorée (CAA). « Cette méthode regroupe des outils qui aident les personnes ayant du mal à communiquer oralement à exprimer leurs besoins, leurs choix et leurs émotions différemment, à l’aide de pictogrammes par exemple », explique Cécile Coutaud.
Cette démarche a permis aux jeunes du dispositif de mieux se faire comprendre et d’être davantage entendus par leur entourage, ce qui a entrainé une diminution des comportements défis selon les professionnelles. Comme l’explique Lisa Delavier, la CAA change la manière d’accompagner les jeunes : chacun est considéré comme capable de communiquer, sans prérequis.
Les familles ont également participé à des temps de sensibilisation à ces outils pour pouvoir communiquer de manière alternative avec leur enfant.
Les facilitateurs de l’association Envoludia
Latifa Ait Elhaj, facilitatrice de l’association Envoludia, a présenté ce dispositif qui permet aux personnes accompagnées d’exprimer leurs attentes, leurs besoins et leurs difficultés, tout en veillant à ce que chaque demande soit entendue et fasse l’objet d’une réponse.
« Après trois ans d’expérimentation, les résultats sont encourageants : 81 % des personnes concernées déclarent avoir davantage confiance pour prendre la parole », témoigne Latifa Ait Elhaj. Fort de cette expérience, le dispositif va se poursuivre avec la pérennisation des postes de facilitateurs.
Donner la parole lors d’un projet associatif
En préparation du projet associatif 2027-2031, qui vise à placer les personnes accompagnées au cœur des décisions qui les concernent, Vivre et devenir a organisé un Tour de France de ses établissements en dix étapes. L’objectif : recueillir les points de vue et les propositions des personnes accueillies et soutenues sur les grandes orientations de l’association. Au total, 255 personnes ont été rencontrées et 140 contributions ont émergé de ces échanges.
Lors de la table ronde, Daniel, accompagné par le Service d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) Saint-Michel (Paris) de Vivre et devenir, et Nadia Augier, AES au SESSAD, sont venus présenter cette initiative. Daniel garde un bon souvenir de cette expérience : « J’ai apprécié qu’on me pose des questions et qu’on vienne à moi pour écouter ma parole ». Une démarche qui permet aux personnes accompagnées de contribuer directement à la construction du projet associatif.
Vote et Handicap : une expérience citoyenne
En amont des élections municipales de 2025, Vivre et devenir a mené des actions de sensibilisation dans ses établissements pour aider les personnes accompagnées à comprendre le fonctionnement du vote et à participer aux élections en toute confiance.
Pour illustrer cette démarche, Séverine Pacaut, animatrice à la Résidence Les Marizys, et Anne-Sophie, résidente, ont témoigné de l’expérience menée dans leur établissement, pour conclure cette table ronde. « Avec l’aide d’un agent municipal, 66 résidents ont participé à un vote blanc avant de se rendre aux urnes pour le premier tour des élections », explique Séverine Pacaut. « Tout le monde était aux anges de se dire : je suis citoyen », raconte Anne-Sophie. En expérimentant le vote, les résidents ont découvert un moyen concret d’exprimer leurs opinions, de faire entendre leurs choix et de prendre part aux décisions collectives.
Une initiative qui sera reconduite en vue de la prochaine élection présidentielle en 2027.
Les enseignements d’Inspir’Actions : placer les personnes au cœur des projets
A l’issue de cette sixième journée des initiatives inspirantes, plusieurs participants ont souligné l’envie de s’inspirer des projets présentés pour faire évoluer leurs propres pratiques.
Tristan Lopez, éducateur spécialisé du Service d’Accompagnement et d’Insertion Sociale du CDSEA, repart avec des idées concrètes : « Je pense déjà à tout ce que je vais faire de cette journée en rentrant dans ma structure. Ce que nous avons entendus nous donne envie de réellement concrétiser nos projets. Ça nous rappelle que tout est possible si on s’en donne les moyens ».
Patty Manent, directrice générale de Vivre et devenir, a également salué un rendez-vous devenu une « marque de fabrique » de l’association. Lors de sa conclusion, elle a souligné un point essentiel au cœur de cette journée : « Quelle place laissons-nous aux personnes que nous accompagnons ? Qu’il s’agisse d’innover, de développer des compétences ou de favoriser l’expression de chacun, l’enjeu reste le même : placer les personnes au cœur des projets et en faire des actrices à parts entières ».